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De la lecture pour le confinement Chap I

Publié : dim. mars 22, 2020 9:56 am
par Knell
Hello tous,

Comme le temps risque d’être un peu long, je vous propose de relire mes histoires sous forme de Thread.
Un chapitre, une ou deux fois par semaine de mon livre, je crois qu'il avait reçu un bon accueil a l’époque. ;-)

Enjoy et restez a la maison !!!

Prélude

La plage était longue, très longue, presque infinie, baignée de cette lumière si particulière de septembre qui couvre d'or tout ce qu'elle touche. Calme, apaisante, rassurante.

Ils étaient sur la dune surplombant l'océan et ses vagues. Ils se promenaient. Le petit garçon courait avec son ami. Depuis peu de temps il avait changé de ville, il était revenu vers son havre familial. Mais il n'avait encore que peu d'amis, trop peu pour refuser cette invitation vers l'océan, qu'on lui avait proposée un week-end de septembre. Alors il courait sur le sable, essayant de rire et de profiter du bon temps qu'on lui offrait là, près de cet océan qu'il connaissait bien, mais en d'autres lieux, avec d'autres gens.

Son père lui en avait bien parlé un peu, dans ses récits de mer, lorsqu'il allait en Afrique. Ca lui paraissait donc familier. Pourtant, même avec un ami, il lui manquait ses cousins, les parties de pêche et la grande maison que louaient ses grands parents. Peut être même qu'il s'ennuyait. Les parents de son ami durent le voir, s'en douter. Alors ils proposèrent d'aller ailleurs. Tout le monde remonta vers la voiture, s'installa.

Et ils partirent un peu plus loin, vers un lieu mystérieux qui n'éveilla rien chez lui : le club d'aéromodélisme. Finalement il regretta un peu de quitter la plage et le bruit des vagues. Ca au moins il connaissait. Tandis que le club de machin chose, il ne connaissait pas. II allait s'embêter. Son ami lui disait que quand il serait grand, lui aussi il ferait de l'aéromodélisme, il ferait voler des avions, leur ferait faire dans le ciel des cabrioles comme il en voyait tout le week-end. D'ailleurs son père était d'accord pour l'aider à construire un modèle. Sa mère souriait, son enfant était heureux. Lui, il ne voyait pas très bien l'intérêt que cela pouvait avoir, les avions.

L'océan était tellement grand que ça devait bien suffire à rendre un enfant heureux, plus tard, sur un bateau, en route vers l'Afrique et ses mystères. Les films de son père lui avaient bien montré tout ce qu'il y avait d'aventures dans cette vie de marin au long cours, bravant les tempêtes et les vagues. Ca lui plaisait bien de savoir qu'il pourrait lui aussi voir les Noirs courir sur les billes de bois qui flottaient le long de la coque, géniaux funambules sautant d'un tronc a l'autre, pieds nus, alertes, rapides.

Et puis il y avait aussi ces escales dans d'autres pays, sous une autre nuit, à respirer l'Afrique et se sentir un homme libre. Ca devait quand même être mieux que de faire voler des petits avions.

La voiture s'arrêta. Ils descendirent. Ils étaient presque au milieu d'un pré. Juste quelques chaises et quelques personnes qui regardaient en l'air. Et le bruit d'un gros moustique qui tournait en l'air.

II ne voyait pas encore ce qui se passait. Ca avait en tout cas l'air beaucoup moins drôle que les parties de baignade avec les cousins sur la plage, ou les longues parties de pêche sous le soleil déclinant d'une fin d'été, quand le filet se tendait sous le reflux, et que l'on voyait les poissons pris au piège essayer de sauter au dessus de la seine (*).

Alors on courait dans l'eau, en rigolant. Les adultes criaient bien un peu de ne pas faire de bruit, pour ne pas effrayer les poissons. Mais comme c'était aussi le prétexte pour se baigner un fois de plus, il n'écoutait pas beaucoup. De toute façon, les adultes couraient aussi vers le filet, essayant tant bien que mal de combler les brèches, levant par ci, baissant par là ce filet piège. A croire qu'il fallait nourrir la famille et que si on perdait un poisson de plus, il faudrait se priver. Comme on voyait que l'eau ne se retirait pas assez vite, on décidait de donner le coup final. Les plus grands traversaient la baïne, attrapaient la fin de la seine(*), et en faisant un grand arc de cercle, revenaient vers le sable. C'était alors des jaillissements de poissons argentés, sautant comme des fous à la surface de l'eau. La curée, une curée joyeuse, au reflet argenté des poissons et doré du soleil. II courait alors encore une fois dans l'eau, rejoindre ses oncles, tantes et grands parents, pour lever les lièges, baisser les plombs. II ne fallait pas en perdre. Des fois, c'est lui qui tombait dans le filet, qui se relevait vexé, sous les rires de tout le monde. Alors il essayait d'attraper les poissons qui s’affolaient dans l'eau qui montait sur le sable. Puis le filet était au sec. II frétillait. Tous étaient là, ramassant le poisson, jaugeant la valeur de la pèche, la qualité des prises. On mettait tout dans un grand sac en toile de jute, puis on choisissait les plus belles prises et, si il faisait beau, on allumait un grand feu, et le soir en regardant le soleil partir, on mangeait notre pèche, blottis contre nos parents qui nous offraient ça.

Et là ça serait mieux ? II regarde autour de lui. Sur l'herbe, les fameux modèles. De gros jouets pour adultes, trop chatoyant pour des enfants, trop gros pour des petits.

«Regarde, lui il est super fort!
-Ou ça?
- La haut, là !»
Alors il leva les yeux, il avait huit ans et sa vie changea.

D'abord il vit le bleu du ciel. Le ciel finalement, on ne le regarde jamais bien en face. On ne sait pas combien il est bleu et grand. Et puis il y avait cette petite chose qui virevoltait dans le bleu du ciel. C'était ça le gros moustique de toute à l'heure. Ca montait, ça descendait a toute allure, ça passait au ras du sol, remontait en flèche vers le ciel. Ca faisait tout plein de choses extraordinaires. Puis ça revenait se poser sur l'herbe et vers les pieds de son propriétaire. D'un seul coup, ça devint beaucoup plus intéressant. C'était piloté par une personne, une grande certes, mais ça lui répondait, lui obéissait et allait la où il ne pensait pas pouvoir aller.

Le soir, il dévora tout les livres qu'il put trouver chez son ami, décortiqua ce nouveau monde, celui du ciel et des avions. II en voulait un lui aussi, il en aurait un c'est sûr, aussi sûr que peuvent l'être les rêves des enfants.

(*) Seine : filet suspendu verticalement dans l’eau dont l’extrémité supérieure est munie de flotteurs et qui est lesté par le bas.

Re: De la lecture pour le confinement Chap I

Publié : dim. mars 22, 2020 5:40 pm
par Pich
Merci Knell :)

J'avais acheté et lu ton bouquin avec plaisir à l'époque, moi qui suis confiné loin de chez moi aujourd'hui ça me permet de m'y replonger et de passer le temps de la meilleure manière !

A++
Pich